Dazibao #47 : Reiner Schürmann

Sur le monticule de la Forêt-Noire, le silence dure. Le regard de Yoschko est fixe. Il ne sait plus à quel paysage il appartient. Là-bas, à Kfar Ezra [un kibboutz, NDMad], le combat est plus facile. L’élan conjugué de tous. La marche en avant. Une idéologie puissante. Et aussi l’ennemi derrière les frontières. La menace fait l’unité. Sans la guerre, Israël est concassé. Les dissensions fatales. Mais, de retour dans le pays de son adolescence, Yoschko se découvre seul.

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Ses parents l’avaient envoyé en Allemagne. Yoschko, jeune, avait appris à résister aux bruits terribles qui montaient depuis la Bavière. Ils allaient prendre le pouvoir. De là cette contenance chez lui. L’effort continuel de surmonter un grondement où se mêlent sifflets, cris, ordres hurlés, démarrages de trains et de camions, crépitements de hauts fourneaux. Le pouvoir de cette forêt. Yoschko troublé. Je me sens de trop dans ce reflux qui l’accable. Il m’inquiète. Lire la suite Dazibao #47 : Reiner Schürmann

Dazibao #46 : Vincent La Soudière

A cause de la brutalité des hommes, les femmes seront forcées de tenir les yeux baissés une grande partie de leur vie. La « pudeur » le leur commande. Les mâles, eux, les dominateurs-fornicateurs, ne rêveront que viols, carnages, meurtres.

Mais je ne puis m’empêcher de songer à ces yeux baissés, qui nous accusent…

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Chacun habite une cabine à soi seul, de son voisin isolé comme par des milliers de kilomètres. Je l’ai vu crier à l’intérieur, je l’ai vu appeler, supplier, se mettre à genoux. Mais toute voix reste inentendue. Cabines massivement comprimées dans le métro, par exemple. Les amoureux mêmes ne se touchent pas, ne s’entendent pas. Dans les couloirs, des centaines, des milliers de cabines en mouvement qui se croisent, qui se frôlent, qui glissent les unes à côté des autres.

Aucune main ne peut s’étendre vers une autre.

A l’air libre c’est la même chose. On s’y asphyxie.

Un peuple de cabines.

C’est cela être moderne.

 

Passé un certain âge on ne parle plus de soi. Peur de cruelles révélations. La vie reste en suspens.

J’ai connu quelqu’un qui ne supportait pas la musique classique. Elle réveillait son intériorité.

Sous leurs dehors bourrus ou affairés, les êtres cachent une extrême vulnérabilité. Une peur infantile du noir. Ils ont transporté leur lit au milieu de la foule.

 

Avais-je quelque chose à dire ? D’autre la diront peut-être – moi, pas. Pas le temps.

Lire la suite Dazibao #46 : Vincent La Soudière

Dazibao #45 : Bernard Manciet

1.

A chaque pas, je m’enfonçais dans un trou d’eau, plutôt tiède, entre les poussées de joncs et de molinie. Là personne ne viendrait me poursuivre. Une fois encore, très prolongée ce coup-ci, la psalmodie m’avertissait : « plus loin, enfuis-toi… ». Elle venait du fond de la lande, de la lisière bleue des pins, de la frange lumineuse qui la coupe des nuages. La journée s’éternisait, grise et bête. J’avais suivi les ombres douteuses des buissons, harcelé par les taons, courbé dans la puanteur fade du marécage, mon marais, sans que jamais un remous ne sanglotât, ne me trahît. Il ne me restait plus qu’à étendre, ou plutôt me recroqueviller dans une sorte de fossé hirsute, où le soir finirait bien par m’effacer.

Entre les branches, les joncs, les herbes longues, j’eus vite appris à me glisser. Je me faufilais entre les odeurs, celle du lierre, sombre et farouche ; plus légère, celle des acacias ; veloutée, celle des chênes tauzins. La molinie affûte son éther. Sur le flanc des arbres, les mousses se dilatent en larges étoiles, en pétales fripés, avec une odeur creuse, Lire la suite Dazibao #45 : Bernard Manciet

Dazibao #50 : Richard Cobb

Dans les années trente déjà Marseille semblait si fermement établie dans sa réputation de fournisseuse officielle de blagues d’intérêt national qu’il faudra attendre les circonstances tout-à-fait exceptionnelles de l’Occupation pour qu’elle acquière un rang littéraire autonome, bien que l’émergence de cette littérature ait été le fait de poètes et d’écrivains réfugiés venus du Nord. Aujourd’hui, grâce au développement des énormes complexes industriels méridionaux de Fos-sur-Mer et de l’Etang de Berre, l’image de mine comique a vieilli et il semble que la galéjade, produit d’exportation à destination du Nord exclusivement, ait connu fort heureusement le même sort que les cartes postales pornographiques dont le commerce était autrefois florissant.

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Mais cette ville très complexe, industrieuse et plutôt austère ne s’est pas encore donné une littérature proprement marseillaise, susceptible de traduire ses velléités d’expansion, et sa sociabilité – une sociabilité accueillante, mais en fait difficile à prolonger au-delà de la terrasse du café ou du comptoir du bar, certainement impossible à prolonger jusque dans la secrète intimité du foyer et de la famille. Une sociabilité très masculine. Lire la suite Dazibao #50 : Richard Cobb

Dazibao #43 : Christophe Esnault

LE SUICIDE EST-IL UNE SOLUTION ?

Couper la pellicule du film en cours de projection, quitter la séance, savoir la suite médiocre et vouloir mettre fin, interrompre. La solution est dans l’action et l’acte de vivre active les rouages nauséeux. Une addiction pour le spleen et la mélancolie. La haute estime que porte Dostoïevski à une petite et vieille femme qui l’a fait. L’homme le plus misérable grimpe toujours quelques marches quand il y parvient (une promotion en quelque sorte)… Se ranger dans une catégorie honorable. Prendre place dans une courbe statistique, une tranche d’âge, une méthode utilisée… Il y aura bien un sociologue pour vous prendre en considération dans un de ses tableaux… Vouloir exister en compromet plus d’un. Vouloir ne plus exister trahit également celui qui use du jeu extrême à dimension pragmatique variable. Le pistolet devrait être toujours chargé et posé sous l’oreiller. Lire la suite Dazibao #43 : Christophe Esnault

Dazibao #42 : Thierry Metz

1.

Centre hospitalier de Cadillac en Gironde, pavillon Charcot. Octobre 1996.

C’est l’alcool. Je suis là pour me sevrer, redevenir un homme d’eau et de thé. J’envisage les jours qui viennent avec tranquillité, de loin, mais attentif. Je dois tuer quelqu’un en moi, même si je ne sais pas trop comment m’y prendre. Toute la question ici est de ne pas perdre le fil. De le lier à ce que l’on est, à ce que je suis, écrivant.

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2.

S’amincir.

Emacier le texte le plus possible.

Chaque mot maintenant désigne la maison et l’habitant, la rencontre et la réparation.

La maison, l’habitant.

Je sais seulement qu’ils existent.

Seulement ça.

D’abord.

(…)

7.

Il y a peut-être un centre

que chaque mot cherche à dire

qui efface le pourquoi

mais laisse entrer ses abords.

Cette maison n’est habitée qu’un instant

par celui qui n’est ni entré

ni sorti.

Mais alors qui est venu ? Lire la suite Dazibao #42 : Thierry Metz

Plus à dire #49 : Jean Fautrier

J’ai assez souvent un plaisir intérieur lorsque j’ai pu concrétiser un impondérable, mais soyez assuré que j’ai suffisamment de lucidité pour me rendre compte qu’il n’y a pas de quoi s’enorgueillir d’être un créateur.

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Lamentablement emprisonné dans un petit espace, se rabâchant sans arrêt quelques petites trouvailles, ayant rarement le courage d’une évasion, réduisant la vie à un unique aspect, il n’y a vraiment pas de quoi se faire crever de vanité…

Terrordome #9 : Krasznahorkai

… à ce moment-là, tourner à droite ou à gauche ne nous importait plus, nous envahissions toutes les rues et les places, la seule direction qui guidait nos pas était ce qui surgissait encore et encore devant nous, la peur vide, la reddition chargée d’appel à la pitié, et il n’y avait aucun mot d’ordre, aucune stratégie, aucun risque, aucun danger, puisqu’il n’y avait plus rien à perdre, car tout était devenu intolérable, insoutenable ; les maisons étaient devenues insoutenables, les mures de clôture, les colonnes d’affichage, les poteaux électriques, les boutiques, la poste, l’odeur tiède s’échappant de la boulangerie industrielle, toute forme d’ordre et de règles, la moindre contrainte grossièrement mesquine étaient devenus intolérables, les efforts désespérés incessants pour tenter de renverser quelque chose d’inaccessible, d’universel, d’inaltérable, et insupportable était devenu le pilier inexplicable qui soutenait malgré tout l’humanité sur cette terre.

Aucun cri n’aurait pu nous permettre de creuser une brèche dans le gigantesque silence qui s’était lentement abattu sur nous, c’est pourquoi nous avancions sans prononcer un mot, au seul crissement de nos bottes sur les pavés scintillants, dans un état de crispation extrême, incontrôlable, dans ces rues obscures, oppressantes, et on ne se voyait, on ne se regardait pas, ou bien juste comme on regarde ses pieds et ses mains, car on ne formait plus qu’un seul corps, un seul regard, une seule pulsion : une impitoyable pulsion de destruction et de mort. Lire la suite Terrordome #9 : Krasznahorkai

Dazibao #41 : Starobinski

Faut-il soulever ici un problème d’influence ? Kafka sans nul doute a lu Dostoïevski, comme il a lu Kierkegaard. Et s’il fallait chercher une ascendance spirituelle pour Le Procès, il faudrait nommer à la fois Crainte et Tremblement et Crime et Châtiment. Mais l’œuvre de Kafka revendique son indépendance ; il peut y avoir filiation, mails il n’y a pas d’imitation. Rien n’est irritant comme cette critique qui n’invoque les sources que pour se débarrasser d’une originalité trop encombrante. Au reste, avant toute influence littéraire, il faudrait nommer la tradition rabbinique, dont les subtilités dialectiques se retrouvent jusque dans la structure formelle de la phrase de Kafka.Résultat de recherche d'images pour "kafka dostoievski"

Kafka et Dostoïevski sont des écrivains qui construisent (ou détruisent) le monde à travers le tourment personnel de leur vie. Ce tourment – auquel ils n’ont jamais cessé de se reprendre – constitue leur destin. Ils ne lui ont rien refusé, ils n’ont rien voulu mettre à l’écart : ils ont été comblés de destin. Toute leur vie ils ont été aux prises avec quelque chose (ou quelqu’un), et ils n’étaient pas de ceux qui peuvent lâcher prise à volonté. Lutteurs, non de la race des adroits, mais des obstinés. Manquant toujours de quelque chose : manquant de preuves, manquant de réalité, manquant de Dieu. Cherchant un appui pour lutter, et le cherchant jusque dans leur adversaire qui fut tantôt Dieu et tantôt des dieux, celui qui se trouve « pris au filet du destin », est l’objet d’une étrange vénération de la part de ceux qui l’approchent : les dieux l’ont frappé, et leur colère agit comme la grâce, elle communique la sainteté. La victime devient personnage sacré. Kafka et Dostoïevski sont, au degré absolu, les figures sacrées de la littérature moderne. Il en est peu d’autres. Lire la suite Dazibao #41 : Starobinski

Lettrines #3 : Lyon

L’aversion mal explicable, le désintérêt à nuance marquée d’hostilité que j’ai toujours éprouvé pour Lyon, où je n’ai jamais passé chaque fois plus de quelques heures, et où je n’ai jamais désiré m’attarder. Nulle image gracieuse, nul fantôme tendre, nul siège, nulle bataille ne vient embellir dans mon imagination cette laide dégringolade au fil des pentes bossues des maisons noires et des toits aux couleurs acides : les collines mêmes sur lesquelles est assise la ville sont disgraciées et bancales ; on dirait qu’elle est bâtie sur des terrils de mine.

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Cette cité si ancienne de France ne semble nulle part pour l’œil avoir aménagé avec son site cette complicité profonde et vieille qui embellit si naturellement des dizaines de villes plus humbles : ni Rouen, ni Poitiers, mais plutôt Zurich, Stuttgart. Lire la suite Lettrines #3 : Lyon

CoolMemory #11 : Facticide

L’information n’est pas le savoir, c’est le faire-savoir, auquel correspond le faire-semblant de savoir. La propagande, l’idéologie, la publicité, ce n’est pas le croire, c’est le faire-croire, auquel répond le faire-semblant de croire. La télévision, ce n’est pas du voir, c’est du faire-voir, auquel correspond le faire-semblant de voir etc.

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Nous sommes captifs de la facticité : du faire-voir, du faire-croire, du faire-valoir, du faire-vouloir. Nous ne sommes plus les agents directs de nos actes et de nos pensées. Seulement des véhicules hétéromobiles, ayant mis leurs fonctions vitales en pilotage automatique, et devenus indifférents à eux-mêmes. Simulating finality in transfinal process.

Sink Tank #21 : Albert Caraco

L’avenir est à droite, la Gauche a fait faillite en cent domaines à la fois, sa définition de l’homme est une erreur fondamentale ; l’homme est imperfectible, le progrès moral est l’illusion par excellence, les foules sont par destination esclaves… ces trois points la condamnent sans appel.

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Le monde est trop étroit, les hommes trop nombreux, les moyens sont trop forts et les idées trop meurtrières : nous ne pouvons sortir de là, nous n’échapperons plus à rien, la liquidation de l’aventure a préludé… Soyons polis, car nous allons mourir, gardons les formes puisque tout est perdu, au moins vaudrons-nous mieux que nos destins absurdes.

in Semainier de l’incertitude, mai 1968

Terrordome #8 : Alain Badiou

La réconciliation du fils et de l’adulte, des fils et des parents, du fils et du père, ne peut [ainsi] se faire que par l’infantilisation de l’adulte. Elle est en apparence praticable, sinon qu’elle est retournée. Dans la mythologie chrétienne primitive nous avions l’ascension du fils. Ne nous sont plus proposés que des procès empiriques de descente des pères.

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Pour toutes ces raisons, le schéma dialectique contenu dans l’histoire de Freud est décomposé, d’où résulte qu’il n’y a pas de proposition claire quant à l’identification du fils. C’est ce qu’on peut appeler le caractère aléatoire de l’identité du fils dans le monde contemporain.

Il y a une rationalité de cet aléatoire. Lire la suite Terrordome #8 : Alain Badiou

Plus à dire #47 : Botho Strauss

Être de droite, non par conviction bon marché, pour des visées vulgaires, mais de tout son être, c’est céder à la puissance supérieure d’un souvenir, qui s’empare de l’être humain, et pas tant du citoyen, qui l’isole et l’ébranle au milieu des rapports modernes et éclairés où il mène son existence habituelle. Cette pénétration n’a pas besoin de la mascarade abominable et ridicule d’une imitation servile, ni qu’on aille fouiller la brocante de l’histoire du malheur.

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Il s’agit d’un acte de soulèvement autre : soulèvement contre la domination totalitaire du présent qui veut ravir à l’individu et extirper de son champ toute présence d’un passé inexpliqué, d’un devenir historique, d’un temps mythique.
Lire la suite Plus à dire #47 : Botho Strauss

Dazibao #40 : Marc Alyn

La sagesse devrait être réservée aux jeunes.

De commerce agréable, mais nettement déficitaire.

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Chacun porte le poison de sa propre fin dans le chaton truqué d’une bague ; et l’on s’émerveille de ce sombre bijou qui étincelle au soleil – pierre précieuse, en effet.

L’histoire d’un enfant enlevé à la fleur de l’âge par l’alphabet du potage.

Peut-être le temps nous ferait-il grâce, si nous l’aimions ?

Appeler chaque chose par son ombre. Lire la suite Dazibao #40 : Marc Alyn

CoolMemory #10 : Truffé d’eau

Des films entiers – la Femme d’à côté, Vivement Dimanche – sont devenus des objets publicitaires. Toute une classe, celle d’une culture métissée de gadgets techno – ou psychologiques – culture en forme de désir comme un air de musique en forme de poire -, la classe des cadres promus au fonctionnement de leur propre cerveau parce qu’on leur a dit qu’il ressemblait à un ordinateur, promus à l’expression de leur désir parce qu’on leur a dit qu’ils avaient un inconscient structuré comme un langage –

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c’est tout ça, cette luisance publicitaire de toute une subculture émue jusqu’aux larmes par sa propre convivialité, frissonnante de business, enrichie comme l’uranium, embellie des vestiges de l’autogestion et des stéréotypes de la communication – c’est tout ça qui passe dans la belle gueule de Fanny Ardant et dans le style moderniste, autopublicitaire, de Truffaut.

Dazibao #38 : Nathalie Quintane

Bien. Revenus, professions, courbes, métaphores, fournisseurs d’informations ne sont donc pas totalement suffisants à serrer les classes moyennes. On s’y attendait. Restent les valeurs et le mode de vie. C’est en général là qu’on se déchaîne – mais faire un peu patienter l’ordre du déchaînement lui permettra d’atteindre, si possible, une plus grande pertinence, et une plus grande efficacité.

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On retient invariablement trois éléments qui structurent façons de mentalité et de vie de ces classes, c’est-à-dire qui tournent en boucle jusqu’à donner du temps et de l’espace une sensation obsidionale : une même journée, avec les mêmes pensées éternellement reprises, dans un lieu contraint, toujours trop loin (trop loin des campagnes, trop loin des villes, qu’on formule trop loin de la Nature, trop loin du Centre-ville), lieu contraint, bien qu’on aille répétant parce qu’on a déjà déménagé trois fois que c’est un lieu choisi, et d’ailleurs qu’on a fait beaucoup d’efforts pour ça (une banlieue résidentielle, un jardinet, un pavillon en meulière – ce dernier moins probable, étant devenu presque clochard). Ces trois éléments sont :
l’école,
les biens culturels,
la stratégie résidentielle (justement). Lire la suite Dazibao #38 : Nathalie Quintane

Dazibao #37 : Amiel

Pourquoi ne vais-je pas entendre E.N. à son cours du soir, dans la salle où je professe moi-même ? Un peu par paresse, et aussi par mauvaise honte. Cela me casse les bras et m’ôte le courage de voir parler comme je ne parlerai jamais. Pour ne pas me dégoûter du peu que je puis et que je suis, je m’abstiens d’une comparaison fatale.

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D’ailleurs décidé à ne pas perdre mon temps à la poursuite de l’éloquence, à quoi bon m’en donner la tentation et le crève-cœur ? Quand je puis suivre mon instinct, j’admire tout très volontiers, parce que je n’ai de prétention à rien et sur rien ; mais s’il me faut agir, entrer en lutte, en émulation, en concurrence pratique pour quelque chose avec quelqu’un, alors ma sérénité désintéressée perd de son calme. Lire la suite Dazibao #37 : Amiel

CoolMemory #9 : Galinette cendrée

Il n’est rien de plus beau qu’une femme dont le miroir vous sépare, celui de sa propre spéculation hystérique sur le monde, le miroir des caresses qu’elle refuse et dont vous l’accablez mentalement, le miroir du meurtre qu’elle prépare à son insu.

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Il faut attendre patiemment, toute une éternité, devant ce miroir qui l’enveloppe, auréolée de la lueur argentée du péril. Et un jour le miroir cède, il glisse comme une robe jusqu’à vos pieds, et il ne reste devant vous que la cendre de l’hystérie, les vestiges d’une femme mentalement soumise.